ÉLÉGANCES DU XVIIIème SIÈCLE.

Le siècle de Louis XIV a été un siècle de raideur de l’étiquette. Le XVIIIe siècle s’en émancipe.

Les dames de la cour commencent à rivaliser d’élégance avec les hommes qui jusque là avait le costume le plus ornementé.

Pendant un siècle, l’habit à la française (1) sera le seul vêtement masculin créé à cette époque. il se compose d’une veste ou « habit » (appelé justaucorps), ici, en velours rouge orné de dentelle ainsi que la culotte. Les manches du justaucorps sont très ouvertes et courtes. La pièce d’apparat la plus importante, la veste (gilet à manche) arrive au milieu des cuisses et est munie de poches. Elle n’est boutonnée qu’à la taille avec trois ou quatre boutons. La chemise et la cravate de dentelle souvent ne font qu’un. La culotte a jusqu’à huit poches en peau. Jusqu’en 1745, les bas cachent le bas de la culotte (ils sont roulés sur les genoux) ; après 1745, la culotte descend jusqu’aux genoux et s’attache par des pattes à boucles.
Les différences sociales sont marquées par la qualité du tissu, les couleurs (vives pour les nobles et les gens aisés, sombre pour le tiers-état), la richesse des décorations et des boutons.

C’est à la fin du règne de Louis XIV qu’une nouvelle forme de robe, au corsage non baleiné, apparaît : la robe dite volante (2). Cette toilette inspirée des robes de chambre – venues des Indes – aura bien des détracteurs qui l’accusent d’avoir été lancée par Madame de Montespan, maîtresse du roi, pour dissimuler ses grossesses. Objet de scandale, la robe volante connaît cependant un véritable succès. Portée sur un panier circulaire, cette robe n’est qu’à demi fermée sur le devant laissant voir le corps à baleine (corset), lacé par-devant, décolleté. La robe volante se caractérise surtout par de
larges plis dans le dos tombant des épaules jusqu’au sol, plis connus aujourd’hui sous le nom de « plis à la Watteau ».

Lassée de frayer avec l’indécence, la robe volante s’éclipse laissant place à la robe à la française (3) de 1740 à 1774. Cette dernière conserve le manteau long qui tombe en s’évasant telle une courte traîne effaçant les empreintes laissées dans le sillage de sa propriétaire. Les plis à la Watteau façonnent encore l’arrière de la tenue. Cette désignation de « plis à la Watteau » fait référence au peintre Jean-Antoine Watteau. Son tableau L’enseigne de Gersaint (4) lie à jamais le patronyme du peintre à ce type de robe. En effet, son talent dans la représentation des plissés a fait que l’on a donné son nom à ces derniers mais pas de son vivant.
Compte tenu du métrage d’étoffe nécessaire à sa confection et des passementeries ajoutées — volants de dentelle ou d’étoffe, rubans, galons, lacets, véritables fleurs, etc. —, la robe à la française s’avère coûteuse ( jusqu’à 3 000 livres). En outre, la complexité de la tenue et des dessous (panier et corset à lacer) exige l’intervention d’une servante, qui, cachée sous la jupe, doit ajuster le dos par un laçage intérieur, ce qui implique un certain rang social.

L’époque Louis XVI occupe une place à part par la variété de ses créations.
La mode de la robe retroussée (5) est très répandue dans la bourgeoisie. C’est le costume habituel des servantes. L’expression « retroussée dans les poches » n’est pas tout à fait exacte. En effet, ce n’est pas dans les poches qu’on relève les pans de la robe mais dans les ouvertures des poches, c’est-à-dire dans les fentes latérales du jupon de dessus, fentes qui permettent d’atteindre les poches qui ne sont que des sacs suspendues à la ceinture.

La robe à la polonaise (6) a été en vogue de 1776 à 1787. C’est une robe à transformation et on peut soit obtenir une robe flottante, soit retrousser à volonté les trois pans formant les ailes et la queue ; il suffit de tirer un cordon pour abaisser les pans et d’un autre cordon pour les relever. Ce nom ne veut pas dire que la mode venait de Pologne mais fait allusion au premier partage de la Pologne en trois en 1772.

La robe à l’anglaise (7) marque le déclin et la disparition des paniers, remplacés par la tournure qui consiste en deux canevas matelassés de crin. L’influence anglaise est arrivée en France avec la redingote (8), vers 1725, vêtement pour monter à cheval et appelé riding-coat. Et l’influence des modes anglaises se traduit en France par des robes inspirées de la redingote portée par les hommes. A la fin du XVIIIe siècle, l’équitation est en vogue dans les milieux aisés. L’habit d’écuyère devient de plus en plus à la mode avec la création de la robe-redingote (9) : un mixte de la robe anglaise et de la redingote. D’immenses chapeaux à larges bords accompagnent ces robes.

L’influenceuse du moment, c’est Marie-Antoinette. La reine lance la mode et toutes cherchent à lui ressembler. Pour cela, elle fait appel à Rose Bertin, une modiste très en vogue chez qui toutes les jeunes aristocrates accourent. Scandale ! La reine n’hésite pas à partager sa styliste. Une chose alors totalement inconcevable !!! Toinette s’en moque. Elle adopte tout d’abord un style très en vogue, les robes à l’anglaise (10), qui insultent le génie français, et pire encore, les robes dites « en Gaulle » (11), style baptisé « chemise à la reine ».

Dès le XVIIe siècle, des poupées mannequins (12) circulent dans toutes les cours d’Europe pour diffuser les dernières modes de Paris (les précurseur des mannequins de nos vitrines actuelles). Mademoiselle Bertin a probablement utilisé ces poupées comme de vrais outils professionnels. À la fin du XVIIIe siècle, ces poupées sont remplacées par les illustrations des gazettes de mode.

Á la fin du XVIIIe siècle, habits serrés, gilets droits et robes tuniques en mousseline introduisent un nouveau rapport au corps. De nouveaux matériaux et textiles proposent un confort inédit. Surtout, une figure iconique émerge de ce siècle fondateur de la mode moderne : les marchand(e)s de modes qui acquièrent le droit de créer librement. Paris est célébré comme ville de « shopping » dans les guides de voyage.


« Que de changements en très peu de temps ! Des polonaises, des lévites, des fourreaux, des robes à l’anglaise, des chemises, des pierrots, des robes à la turque et de chapeaux de cent façons et de bonnets qu’on ne saurait définir, et des coiffures !… des coiffures ! » Carlo Goldoni (1707-1793)


(1)
Jean-François de Troy (1679-1752), Portrait du marquis de Marigny, 1750. Huile sur toile, 132 x 96 cm.
(2) Jean-François de Troy, La Déclaration d’amour, 1731. Huile sur toile, 71 x 91 cm.
(3) Robes à la française, 1760-1770.
(4) Antoine Watteau (1684-1721), L’enseigne de Gersaint, 1720. Huile sur toile, 166 x 306 cm.
(5) Robe retroussée, 1752.
(6) Robe à la polonaise, 1774.
(7) Robe à l’anglaise, 1780-1785.
(8) Veste de chasse, vers 1690.
(9) Robe-redingote, vers 1790.
(10) Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842), Marie-Antoinette à la rose, 1783. Huile sur toile.
(11) Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Antoinette en « gaule », 1783. Huile sur toile.
(12) Poupée Pandore, 18
e siècle.