Quand la création contemporaine rencontre le patrimoine…

Domaine départemental de Chamarande – Anne Ferrer La Truie nénuphar © Henri Perrot

Depuis les fameuses « colonnes «  de Daniel Buren créées en 1986, l’art contemporain s’invite dans les lieux historiques, quitte à déranger certains visiteurs attachés à leur patrimoine et souvent offusqués par les œuvres actuelles. Alors comment favoriser l’épanouissement d’une œuvre contemporaine lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre existant ?
Un lieu a réussi ce rapprochement du patrimoine naturel et historique et de l’art contemporain : le Domaine départemental de Chamarande (91). Depuis bientôt 20 ans, il instaure un véritable dialogue entre le site et les œuvres, entre les artistes et les visiteurs. Son château du 17ème siècle et son parc de 98 hectares servent d’écrin à une programmation éclectique tout au long de l’année (expositions d’art contemporain, spectacles, cinéma, etc.) ; ils abritent également les réserves de la collection du Fonds Départemental d’Art Contemporain. Aujourd’hui riche de presque 300 œuvres acquises auprès d’artistes confirmés ou en devenir, cette collection est accessible aux Essonniens grâce à une large diffusion sur le territoire départemental appuyé par une politique de médiation.
Rencontre avec Julie Sicault-Maillé. Elle nous fait découvrir son métier, responsable des expositions et de la collection du FDAC de l’Essonne, un lieu, le Domaine de Chamarande, et ses spécificités.

Quel a été votre parcours professionnel ? J’ai d’abord obtenu une licence de droit. Puis, je me suis dirigée vers une maitrise de science politique. Cette année-là, je me posais beaucoup de questions, et j’ai réussi l’examen d’entrée à l’école du Louvre. Pendant mes quatre années d’études au Louvre, j’ai fait beaucoup de stages. Tout d’abord, je voulais savoir si le domaine du marché de l’art pouvait m’intéresser, ce qui n’a pas été le cas, et ensuite, dans des lieux d’exposition (musées, centre Pompidou, parc de la Villette, etc.). J’ai aussi fait de la médiation (expositions, festivals, Puces de Saint-Ouen). En 2003, alors que j’étais en 4ème année en muséologie, j’ai postulé pour un emploi de médiatrice pour six mois au Domaine de Chamarande. En même temps, j’ai obtenu un concours de la fonction publique territoriale. En 2004, deux postes de Chargé des publics ont été créés au domaine de Chamarande : j’ai donc été engagée en tant que Chargée des publics.
Depuis 2000/2001, le Domaine avait comme projet artistique le dialogue entre le patrimoine et l’art contemporain. Mon poste consistait dans le recrutement des médiateurs, leur formation, leur encadrement et la politique de médiation. À l’époque, les postes de chargé des publics et l’équipe des médiateurs dépendaient directement du directeur artistique et on travaillait en étroite collaboration avec le service éducatif du Domaine qui s’occupait du jeune public. Mais ces deux entités étaient séparées, car l’une des spécificités du domaine est d’avoir un centre d’hébergement pour le jeune public avec environ 70 lits, une bibliothèque, des salles de travail, un réfectoire, etc.
En 2008, nous avons réuni les deux équipes pour créer le service des publics. En 2009, je me suis orientée vers des projets particuliers, en tant que chargée de projets toujours au sein du service des publics : je me suis occupée d’un projet à l’hôpital psychiatrique d’Etampes avec l’artiste-photographe, Olivier Menanteau, où il a été en résidence pendant un an et demi ; de projets avec les écoles d’art ainsi que des résidences d’artistes. Avec le collectif belge Donuts, on a travaillé à la signalétique du Domaine. Et aussi la programmation d’expositions du FDAC et sa diffusion hors les murs (bibliothèque, école, etc.).
En 2011, la directrice artistique, dont j’étais finalement devenue l’adjointe pour l’art contemporain en tant que responsable des expositions et de la collection du FDAC de l’Essonne, est partie. J’ai donc appris à concevoir des expositions à l’échelle du Domaine et à m’occuper de la collection du FDAC (conservation, acquisitions et diffusion) puisqu’en 2011 a été construit la Fabrique sur le domaine ; c’est un pôle logistique qui comprend tout le pôle de conservation de la collection avec les réserves. Je travaille aujourd’hui avec une équipe régie qui se compose d’un régisseur en chef et de deux assistants régisseurs.

Quelles sont pour vous les qualités nécessaires pour exercer votre métier ? L’organisation. Lorsqu’on monte un projet d’exposition, il faut être organisé surtout sur un site comme Chamarande très grand et complexe : c’est un équipement culturel et également un parc paysager historique. Il regroupe beaucoup d’activités différentes, des gens viennent faire un footing, pêcher, etc., d’autres viennent voir la programmation des spectacles et expositions. Les publics se croisent. Nous dépendons aussi d’une collectivité territoriale, le département de l’Essonne, ce qui implique toutes les procédures publiques, la commande publique, le marché public, etc. C’est parfois compliqué. Travailler avec des artistes vivants demande de la réactivité, de l’autonomie, de l’adaptabilité ; qualités qui ne sont pas en adéquation avec les lourdeurs d’un équipement en régie directe..
Organisation aussi parce-que mes collègues de la régie et moi travaillons dans deux domaines d’activités distincts : monter des expositions et s’occuper d’une collection, ce qui n’est pas le même métier. Ces deux grandes missions n’ont pas non plus le même rythme. Et il faut être passionnée !

En France, dans les lieux d’exposition, on trouve deux secteurs bien distincts : d’un côté, les commissaires d’exposition qui travaillent avec les artistes et de l’autre, les chargés des publics et médiateurs. Vous avez d’abord été médiatrice culturelle, puis chargée des publics et actuellement, commissaire d’exposition et responsable de collection. Une évolution professionnelle particulière. Comment avez-vous vécu cette évolution ? Qu’est-ce que cela vous apporte dans votre métier actuel d’avoir d’abord travaillé avec les publics ? On fait une exposition pour le public, tout comme l’artiste souhaite montrer son travail pour qu’il rencontre les publics. Toutes mes années dans la médiation m’ont permises d’avoir une très bonne connaissance des publics, de comprendre comment favoriser cette rencontre entre une personne, une création et un artiste. C’est essentiel. Et quand je monte une exposition, c’est ce que je fais aussi. On ne le fait pas de la même manière, mais c’est le même objectif ; quand on discute avec un artiste de son projet d’exposition, il est important de lui expliquer quels sont les publics du lieu et ses spécificités.

Vous nous faites découvrir le Domaine de Chamarande. Quelle est son histoire ? Quel rôle le département de l’Essonne a-t-il voulu lui donner ? Le domaine a été acheté par le département en 1978. Le projet artistique et culturel a commencé en 2000/2001. L’objectif était d’ouvrir ce lieu à tous, de faire revivre ce patrimoine (bâti, naturel et paysager) en le faisant dialoguer avec la création contemporaine (expositions, spectacles, etc.). Assez rapidement, le domaine a été considéré par le Conseil départemental de l’Essonne comme l’équipement culturel phare du département. Cela se vérifie toujours avec l’exécutif actuel. Par exemple, nous avons en projet de restaurer le premier étage du château pour l’ouvrir aux visiteurs et présenter les œuvres du FDAC, tout en gardant le rez-de-chaussée pour les expositions temporaires. Il y a donc une volonté politique d’ouverture de ce domaine et d’une programmation de haut niveau.
Aujourd’hui, la programmation des spectacles propose une formule en plein air les dimanches après-midi de juin et juillet en trois temps forts avec un concert, un spectacle dans le paysage (danse, cirque, mêlant plusieurs disciplines), et une proposition décalée plutôt à l’adresse des familles.
Concernant l’art contemporain, nous présentons une exposition phare pendant l’année avec un artiste renommé (cette année, il s’agissait de Robert Combas) et le reste de l’année, des expositions consacrées à des artistes émergents prometteurs.

Autant les FRAC sont connues, autant les FDAC sont beaucoup plus rares. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un FDAC ? En 1982, l’État (Jack Lang) a mis en place dans toutes les régions de France une collection publique d‘art contemporain dont l’objectif était à la fois l’aide à la création, la constitution d’un patrimoine et sa diffusion auprès de tous les publics. Parallèlement, quelques collectivités ont mis en place des collections. Peu de FDAC existent, surtout ayant une ligne artistique particulière affirmée avec une politique de médiation et de diffusion. La collection du FDAC de l’Essonne a été créée dans ce cadre, accompagner avec de la médiation les projets d’exposition hors les murs : on a une galerie dans un collège à Evry, une convention de partenariat avec la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis depuis plus de trois ans, etc.
D’autres FDAC sont importants en France : celui de Seine-Saint-Denis, plus important et plus ancien que le nôtre, qui aujourd’hui développe une collection vidéo. Le Val de Marne avait aussi son FDAC mais depuis l’ouverture du MAcVal, musée d’art contemporain de Vitry, il est devenu collection du musée. La ville de Paris possède un FMAC (Fonds Municipal d’art contemporain) qui est une collection importante datant du 19e siècle : à l’origine, il a été enrichi pour l’exposition d’œuvres dans les locaux de la municipalité de Paris. Ce que nous faisons également, dans les bureaux de l’hôtel du département. Le FMAC est une collection très riche, nous avons des artistes en commun. Il développe aussi une politique de diffusion, notamment dans les écoles municipales. Dans notre cas, ce sont les collèges puisqu’ils dépendent du département.

Pouvez-vous nous présenter la collection du FDAC de l’Essonne ? Comment cette collection a-t-elle commencé ? Comment a été définie la ligne directrice ? Avez-vous une feuille de route avec, par exemple, un nombre défini d’achats d’œuvres par an ? Qui valide le choix définitif d’achat des œuvres ? La collection du FDAC a commencé en 2000/2001, à l’initiative du premier directeur artistique du Domaine, Dominique Marchès. Il a tout d’abord mis en place le projet artistique du Domaine avec ce dialogue entre patrimoine et art contemporain, puis proposé des œuvres à l’acquisition aux élus, puisque ce sont eux qui votent l’achat définitif. Ce qui a donné lieu au départ à des ensembles thématiques dans la collection : on a fait une exposition sur le sport, on a donc plusieurs œuvres sur ce thème, même chose pour la musique par exemple. Ensuite, la directrice artistique qui a succédé à Dominique Marchès, Judith Quentel, a professionnalisé les choses et mis en place un comité technique d’acquisition composé de professionnels de l’art contemporain, des élus à la culture du département, de la DRAC, etc. qui faisait une sélection, des propositions d’acquisition, avant d’être soumises aux élus.
Il n’y a pas de nombre d’œuvres défini par an, cela dépend du budget. Aujourd’hui, le budget a été réduit, ce qui est normal en tant de crise. Je fais donc une sélection de propositions à ma direction et aux élus qui ensuite décident. Je choisis selon des critères objectifs, à savoir les problématiques présentes dans la collection comme la question du paysage, de l’espace public, comment l’homme évolue dans la société, et également, selon les objectifs du FDAC que sont la constitution raisonnée d’une collection, sa conservation, et sa diffusion.

À ce jour, combien d’œuvres compte la collection ? Quelle est la dernière œuvre que vous ayez acquise ? Avez-vous un objectif de parité dans votre collection entre les artistes femmes et les artistes hommes ? Certainement parce que je suis une femme, j’essaie d’avoir un équilibre. C’est quelque chose auquel je pense, j’y suis sensible. Mais je n’ai pas d’objectif de parité.
La collection comprend environ 300 numéros d’inventaire. Ce sont des œuvres pour beaucoup monumentales : photos, installations, toiles. C’est sans doute lié au fait que le site est grand et aux conditions d’expositions dans le château et dans le parc ; ainsi, si on expose une petite œuvre dans le château, elle est « perdue ».
Actuellement, je commence les sélections pour les acquisitions 2017. On acquiert souvent en fin d’année. En 2016, on a acheté un diptyque de bas-reliefs de Sara Favriau, sculptrice, un diptyque photos de Valérie Jouve, une sculpture d’Hans op de Beeck, deux dessins de Julien Berthier, ainsi que d’Alain Bublex, etc. Nous avions déjà des œuvres de ces deux artistes, Berthier et Bublex, et je trouve important, quand un artiste a un travail dans la ligne artistique de la collection, de renforcer ces ensembles.

Qui dit collection, dit conservation. Où et comment sont stockées ces œuvres ? Comment conserve-t-on des œuvres contemporaines qui pour certaines, peuvent être périssables et d’autres sont exposées en extérieur ? Les réserves sont sur le Domaine à la Fabrique. Effectivement, la conservation des œuvres contemporaines est compliquée. Beaucoup de matériaux ne sont pas durables, on possède des œuvres composites, à savoir constituées d’une diversité de matériaux qui ne se conservent pas de la même façon. On a donc pris le parti d’avoir des normes de conservation moyennes c’est-à-dire qui conviennent à peu près à une majorité de typologie de matériaux. Nos réserves sont saines, car récentes (2011).
Nous diffusons dans tous types de lieu mais nous sommes très attentifs dans les prêts d’œuvres. Nous allons toujours sur les lieux de diffusions pour vérifier l’espace, voir les conditions de sécurité. Lors des acquisitions, nous achetons donc des œuvres que nous pourrons conserver et diffuser aisément. Des restaurateurs nous conseillent et interviennent si besoin.

Pour créer une exposition, choisissez-vous des œuvres de la collection du FDAC ? Faites-vous appel à d’autres centres d’art, musées, galeries, et des collectionneurs privés pour qu’ils vous prêtent des œuvres ? Prêtez-vous des œuvres du FDAC ? C’est vraiment la diffusion du FDAC qui importe. Evidemment, sur le territoire Essonnien et avec un accompagnement du service des publics. Et on prête aussi des œuvres à d’autres centres d’art, d’autres musées, en France et à l’étranger.
Dans le parc de Chamarande, sont installées en permanence des œuvres de la collection. Dans le cadre d’une exposition collective au château ou à l’orangerie, on peut accrocher quelques œuvres du FDAC mais c’est rare. On préfère montrer des œuvres qui viennent d’ailleurs pour ouvrir au maximum ; on travaille avec des musées, des galeries, des collectionneurs privés, des artistes. Pour l’exposition de Robert Combas, on montrait des œuvres de sa galerie, la galerie Laurent Strouk, et des œuvres qui sont chez l’artiste. Parallèlement, toute une partie des œuvres, du mobilier, venait d’un collectionneur privé, Jean-Claude Maillard. Il dirige l’usine Figeac-Aéro où a été fabriqué le mobilier créer par Robert Combas et dont M. Maillard possède une grande partie chez lui.

Combien d’expositions temporaires sont organisées par an ? Il s’agit d’expositions thématiques, collectives, monographiques ? Comment les thèmes sont-ils choisis ? Depuis deux ans, on présente une importante exposition monographique d’un artiste consacré – en 2018, se sera Philippe Pasqua après Robert Combas cette année – et, on réalise une à deux autres expositions collectives ou monographiques. Début 2017, à l’orangerie, on a présenté une exposition de peinture de Noémie Rocher et, au château, c’était une exposition en partenariat avec l’association culturelle Siana, sur les arts numériques, dans le cadre d’une Biennale. Cette exposition se situait dans deux lieux très différents : le château de Chamarande et un plateau de béton en friche à Evry. Et en cette fin d’année, Yassine Mekhnache au château.
Actuellement, nous mettons en place un projet pour ouvrir le lieu aux artistes Essonniens avec un festival de la culture qui réunira des artistes plasticiens, des compagnies, des opérateurs culturels et des auteurs de l’Essonne. La première édition aura lieu lors des journées du patrimoine en 2018.

Combien de temps faut-il pour mettre en place une exposition ? Combien de personnes travaillent pour la mise en place de ces expositions temporaires ? Tout dépend de l’exposition. Cette année, celle de Noémie Rocher, qui a duré 2/3 mois à l’orangerie, a été montée avec l’équipe régie et l’artiste. Par contre, l’exposition de Robert Combas se déroulait à la fois au château, dans la cour et à l’orangerie. Nous avons donc eu besoin d’une équipe plus importante : l’artiste, sa femme, et leur assistante, l’équipe régie, l’équipe technique du domaine, une équipe de constructeurs d’intermittents, un transporteur extérieur pour le mobilier, etc.
Cela dépend vraiment du format de l’exposition et de sa durée. Pour une petite exposition, le montage peut être fait en trois jours ou une semaine. Cependant, Chamarande est un site étendu et même un petit montage peut prendre du temps. Un gros montage comme pour Combas a duré trois semaines parce qu’on a été efficace grâce à l’artiste qui, une fois sur place, a su en deux heures où placer ses 500 œuvres, objets, peintures, mobiliers, etc. Ca dépend donc aussi de l’artiste.

Vous vous occupez également de la scénographie des expositions. Comment procédez-vous ? Vous en discutez avec les artistes ? Comment s’est passée la réalisation de l’exposition de Robert Combas, présentée cet été ? Sachant que le domaine est en soi une scénographie avec un décor de différentes époques, il faut déjà que l’artiste se confronte avec ce décor. Pour certains projets d’exposition, je peux penser une scénographie spécifique où seront ajoutés des éléments comme du mobilier. L’année dernière, pour la première fois, nous avons consacré une exposition à la collection du FDAC et j’ai fait appel à un scénographe. Je voulais porter un nouveau regard sur le FDAC et pour cela, je me suis intéressée à la question du corps humain dans la collection. Je souhaitais un accrochage très dense pour montrer que seule une petite partie de la collection était exposée et que, même si cette collection est jeune, elle est riche par les œuvres qu’elle réunit et les possibilités qu’elle offre. Mais j’avais besoin d’un regard extérieur pour penser la relation du public avec ces œuvres, je voulais un coté convivial pour qu’un lien se crée entre les visiteurs et la collection. J’ai donc travaillé avec un scénographe sur le mobilier d’accueil et dans les salles.
Pour d’autres expositions, j’ai aussi travaillé sur des scénographies particulières mais avec les artistes. Pour moi, un commissaire accompagne l’artiste soit dans la mise en exposition de ses œuvres soit dans la production. Je l’aide à laisser libre cours à son imaginaire. Avec un artiste comme Robert Combas par exemple, il faut lui donner les moyens de donner libre cours à ses envies.

Le parc du Domaine de Chamarande s’étend sur 98 hectares avec des sculptures et des installations. Comment s’instaure le dialogue entre ces œuvres, l’environnement naturel et l’architecture ? Plusieurs des œuvres sont installées sur le domaine de manière pérenne et ont été créées pour le site, donc en dialogue avec le lieu, son histoire, son architecture, son paysage. Aujourd’hui, on considère qu’il y a assez d’œuvres dans le parc. Dans le cadre des expositions temporaires, on peut installer des œuvres dans le parc et là, c’est vraiment un dialogue entre l’artiste, l’équipe du domaine et moi, en fonction des usages des visiteurs. C’est un parc, et en hiver le paysage n’est pas du tout le même qu’en été ; les mêmes points de vue sont différents, en hiver on voit beaucoup plus loin, la frondaison des arbres est différente.

Les activités et les entrées au Domaine de Chamarande sont gratuites. Pourquoi le Conseil Général de l’Essonne a-t-il fait ce choix ? Avez-vous remarqué si cette gratuité a amené plus de public que d’autres lieux culturels payants ? Avez-vous des objectifs en terme de fréquentation ? Quel est le public qui revient régulièrement ? Depuis l’origine, toutes les activités de Chamarande étaient gratuites. Aujourd’hui, on commence à développer des services payants, comme du canotage, les visites de groupes, mais les accès aux expositions et spectacles restent gratuits pour le grand public.
Lorsque j’étais au service des publics, je me posais cette question de la gratuité. Beaucoup de personnes viennent se promener dans le parc et en profitent pour visiter l’exposition ou découvrir un spectacle. Pour ces visiteurs, la gratuité est bien sinon ils ne viendraient pas forcément au château. En même temps, un événement payant donne une forme de qualité et certains visiteurs considèrent que visiter une exposition gratuite n’est pas « digne » de respect et d’intérêt. C’est dommage. Beaucoup de centres d’art en France sont gratuits. Depuis l’ouverture du domaine, la gratuité a permis à beaucoup de public de venir, de se familiariser à la création contemporaine et de créer des habitudes.
Nous n’avons pas d’objectif chiffré. Nous favorisons l’accueil des publics scolaires, des publics éloignés de la culture, notamment publics du champ social, et en situation de handicap, par des projets (ainsi que dans leurs locaux avec la collection du FDAC). Le site et la programmation doivent être accessibles à tous les publics tout en ayant un travail de fond et de qualité sur la médiation.

Le Domaine est-il accessible facilement à tous les publics (scolaires, publics en situation de handicap) que ce soit le château ou le parc ? Quelles sont vos initiatives concernant les publics en situation de handicap ? Oui, le Domaine est accessible en transports, beaucoup d’allées du domaine ont été refaites et des moyens ont été mis en place pour accueillir les publics en situation de handicap, Pour le handicap visuel, on a des plans en braille. Le service des publics est formé à l’accueil des publics en situation de handicap et on mène énormément de projets à l’année avec les groupes. On a par exemple un travail depuis des années avec des Instituts médico-professionnels de l’Essonne, des projets de fonds. Ils viennent plusieurs fois dans l’année et nous nous déplaçons dans leurs locaux.

Il s’agit d’art contemporain. Les médiateurs ont-ils parfois des réactions ou des remarques de la part de visiteurs dérangés par des œuvres ? Comment les médiateurs réagissent-ils à ces propos ? Comment sensibilisent-ils les publics à l’art contemporain ? Evidemment que les médiateurs ont des remarques et des critiques mais beaucoup moins qu’au début du projet. Face à un visiteur désagréable, tout dépend du médiateur et du visiteur. Certains visiteurs peuvent exprimer un désagrément par rapport à une œuvre, à l’exposition ou l’art contemporain en général, et avec certains on peut discuter, trouver un terrain d’entente. Avec d’autres, on voit tout de suite que la discussion ne sera pas possible. Mais ce type de public est rare. Les visiteurs sont plus dans l’incompréhension que dans le refus d’où le rôle du médiateur, non pas pour livrer un discours convenu sur une œuvre, mais pour accompagner le visiteur dans une approche de l’œuvre.

Quels sont vos projets d’exposition à venir ? Actuellement, nous accueillons deux événements : une exposition au château de Yassine Mekhnache, artiste peintre, et un projet qui se déroule sur la terrasse du salon blanc pendant un mois dans le cadre de la Biennale « La science de l’art », organisée par le Collectif pour la culture en Essonne (Biennale qui se déploie sur plusieurs sites de l’Essonne). Nous accueillons le travail de l’artiste céramiste Anna-Iris Lüneman qui s’est associée à une scientifique du museum d’histoire naturelle, une mycologue, Joëlle Dupont, donc un travail autour du champignon. Et en 2018, aura lieu l’exposition de Philippe Pasqua.

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