Comment se prendre pour Gulliver.

En ville, on est souvent pressé, on ne fait pas attention à ce qui nous entoure. Et pourtant, quelle étrange rencontre nous pourrions faire si nous prenions le temps.

2006. Londres. Les Little People commencent à envahir les rues pour se répandre dans de nombreuses villes du monde : New York, Berlin, Moscou, Paris, Beijing, Hong Kong, Cape Town, Brooklyn, etc. ! De tout petits bonhommes perdus dans un décor immense (un peu comme nous parfois) explorent les quatre coins du monde. Mais qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Comment sont-ils arrivés là ?
Slinkachu est un artiste de rue ; il utilise la ville comme un terrain de jeu. Ces minuscules personnages sont minutieusement mis en scène dans l’espace urbain pour raconter une histoire banale, parfois drôle, parfois ironique, parfois mélancolique. L’approche de cet artiste anglais au Street Art est subtile et sensible. Son projet artistique est autant un projet de Street art qu’un projet photographique.
Il utilise des petites figurines destinées au modélisme ferroviaire, les peint, les habille et les dispose partout dans le monde, afin de créer des scénarios en miniature tirés de situation de la vie quotidienne. Il met également en scène les objets ou les déchets qu’il trouve sur place, et compose ainsi avec eux pour réaliser son projet. Lorsqu’il est satisfait de son œuvre, il prend en photo chaque scène plusieurs fois : une première prise de très près en macro plan, une deuxième, intermédiaire, dévoilant le subterfuge et une troisième encore plus éloignée, remettant les personnages dans leur contexte. Puis il la laisse telle quelle dans la rue, abandonnant son installation aux regards des passants perplexes. Il cherche avant tout à surprendre le citadin et à lui faire prendre conscience de son environnement. En intégrant ces « lilliputiens » au monde réel, surdimensionnés par rapport à eux, il amène à regarder différemment ce qui nous entoure, à d’autres échelles.
Slinkachu dit vouloir nous pousser à mieux regarder ce qui nous entoure, à faire attention aux détails. Il cherche aussi à provoquer une certaine empathie du passant envers ses personnages. Mais la taille n’est pas sa seule préoccupation. C’est aussi un prétexte pour évoquer les problématiques de la ville. Dans Little People Project, l’artiste explique ainsi que les saynètes qu’il installe puis abandonne dans les rues « reflètent la solitude et la mélancolie inhérente à la vie dans une grande ville, le fait d’être presque perdu et dépassé ». Il montre aussi à quel point l’homme n’est qu’une minuscule « petite créature » à l’échelle de l’univers.
Quant à sa série d’œuvres à coquille et à antennes, Inner city Snail (2008), Slinkachu l’assimile à un « art de rue lent ». Petites gens ou gastéropodes, même combat : couverts de graffiti ou transports en commun improvisés, les escargots interrogent également les modes de vies en ville. « Inner city Snail peut également être vu comme une satire de l’art urbain, explique-t-il, et, plus généralement, de notre besoin de recouvrir toute surface disponible de graffiti, de signalisation ou de publicités. » Rencontrer ces colimaçons au détour d’une artère londonienne est toujours possible… si toutefois la trépidante vie urbaine ne les a pas déjà piétinés.

La prochaine fois, regardez bien où vous marchez, vous pourriez écraser une œuvre d’art !

« Je transporte toujours quelques mini personnes avec moi, au cas où je verrais un lieu intéressant », a confié l’artiste au London Lite.