Mystère dans le désert égyptien.

2014. Des usagers de Google Maps découvrent une étrange structure dans le désert du Sahara en Egypte rappelant les crop circles ; il s’agit d’une sorte de spirale formée de disques plus ou moins larges, creusés ou au contraire en dôme. Certains y ont vu un monument antique érigé pour une divinité, d’autres ont évoqué une rampe d’atterrissage pour un vaisseau extraterrestre ! Ce qui est sûre, c’est que cet édifice a fait parler de lui suscitant les hypothèses les plus folles quant à son origine et l’identité de ses concepteurs. Mais le mystère a été vite levé : il s’agit en réalité d’une œuvre d’art oubliée… jusqu’à ce qu’un satellite ne la redécouvre.

1995-1997. Le collectif DAST Arteam est fondé en 1995 pour rassembler les compétences de trois artistes grecques, Danae Stratou, sculpteuse, Alexandra Stratou, designer industriel et Stella Constantinides, architectes. Ces trois femmes imaginent un projet de Land Art baptisé Desert Breath (« Souffle du désert »). La mise en commun de leurs ressources permet ainsi au projet de voir le jour et de s’imposer à long terme.

La construction débute en juin 1995 et se terminera en mars 1997 en Egypte, entre mer et désert. Mais comment réaliser une œuvre gigantesque, qui plus est dans l’un des plus grands déserts du monde ? Développée à El Gouna, en bordure de la mer Rouge, l’œuvre s’étend au totale sur 360 m de long et 300 m de large et a nécessité le déplacement de plus de 8 000 m3 de sable sur 100 000 m2. Cette installation laisse apparaître deux spirales, chacune formée de 89 cônes – en relief positif et négatif –, et qui se déplacent à partir d’un centre commun, un lac de 30m de diamètre dont les contours ont été redessinés pour former un cercle parfait. Comme vous pouvez l’imaginer, il aura fallut beaucoup de temps et de patience pour faire surgir du sable égyptien cette œuvre : mesurer la distance, jouer sur les hauteurs, les diamètres, tasser, sortir un niveau, mesurer à nouveau, et puis… observer.

La poésie qui se dégage de l’œuvre révèle la rencontre entre les éléments, l’eau et la terre, ou plutôt le sable. C’est ainsi le carrefour des rencontres entre la mer et le désert, deux étendues immenses qui laissent l’esprit voyager. « J’imagine deux réalités parallèles, de la même façon que l’on perçoit le monde », a expliqué Danae Stratou. « Il y a le monde à l’intérieur et le monde à l’extérieur de nous. C’est grâce aux sens que nous sommes capables de connecter le monde externe et interne. » Elle fait également remarquer que l’œuvre peut être perçue de deux façon différentes : vue du ciel en tant qu’image, et au sol, entre les spirales, pour une « expérience physique ».

A l’origine, les trois artistes pensaient que l’œuvre serait éphémère. A la surprise générale, 19 ans après sa création, elle résiste bel et bien aux forces de la nature. Mais jusqu’à quand ? En effet, cette œuvre est amenée à se désintégrer lentement, telle « un instrument pour mesurer le passage du temps ». De récentes images indiquent que le lac est aujourd’hui à sec et que les cônes sont désormais pleins d’aspérités. Il est tout de même encore possible de l’admirer depuis chez vous en utilisant la carte interactive de Google !

« Nous espérons nous libérer du formalisme de l’art pratiqué en atelier, pour permettre au spectateur de se frotter davantage à la matérialité du monde extérieur » Robert Smithson (1938-1973)