Le joyau de la Perse.

XVIIe siècle. Pays-Bas. Le pays est marqué par une formidable croissance. Les marchands deviennent de plus en plus riches entraînant de nombreuses spéculations financières. Avec la popularité croissante de la tulipe, un marché spéculatif d’achat et de vente de bulbes s’installe. La tulipe devient un symbole de richesse et une véritable tulipomania s’empare des amateurs de plantes ; un bulbe valait parfois le prix d’une maison ou la dot d’une jeune fille. Les tulipes apparaissent alors sur les tableaux ainsi que sur les célèbres carreaux de faïence de Delft.

1637. Le marché s’écroule du jour au lendemain entraînant la première crise économique de l’histoire. Mais contrairement aux idées reçues, la tulipe n’est pas originaire de Hollande : elle appartient au patrimoine historique de la Turquie depuis le XIe siècle.

La capitale de la Perse dans les anciens temps, était la ville de Persépolis, située dans une vaste plaine arrosée par l’Araxe. Tous les voyageurs ont vanté la beauté de ce pays, fertile en riz, en froment, en fruits, en vins. La terre était jonchée de tulipes, d’anémones, de jasmins, de tubéreuses, qui croissaient sans culture.

La tulipe était la fleur favorite des sultans ottomans. Cette fleur sauvage, originaire du Proche-Orient, de Turquie, d’Iran, des régions himalayennes d’Asie centrale au climat froid et torride, s’est épanouie rapidement dans l’art des jardins persans. Est-elle si populaire en Turquie parce que son nom lâle est l’anagramme d’Allah ? Ce qui est sûre, c’est qu’elle occupe une place symbolique importante : sa couleur rouge représente l’amour et les martyrs. Le poète persan du XIe siècle, Omar Khayyâm, l’associe à la beauté de la femme. En Iran, pour la fête de Norouz, on orne les maisons de jacinthes et de tulipes. Dans l’immense Empire ottoman, il existait plus d’une centaine d’espèces de tulipes.

Ce motif orne également nombre de faïences, miniatures, tissus, mosaïques… des palais. Par exemple, des écoinçons aux roses et tulipes avaient pour fonction d’encadrer une niche ménagée dans un mur : les longues tiges se courbent ou se brisent, la dimension des calices des tulipes décroît au fur et à mesure que l’espace se fait plus étroit. Les notes rouges des roses épanouies ou en boutons répondent aux mouchetures des tulipes.

Une céramique d’Iznik, dont le décor a été réalisé à main levée, est l’aboutissement et la synthèse de traditions céramiques, issues du monde byzantin, du Proche-Orient et de la Chine. La porcelaine chinoise de la dynastie Ming avec ses couleurs, bleu et blanc, exerçait une véritable fascination. Ramenée de Perse par Selim 1er (1466-1520) à la suite de ses victoires contre les Safavides, ce plat aux trois fleurons a inspiré les artistes turcs qui a défaut de pouvoir s’approprier cette technique, ont usé de leur talent pour l’imiter.

Au XVIe siècle, les jardins du palais du sultan Soliman le Magnifique (1494-1566) sont remplis de tulipes que l’on pouvait déjà admirer comme motif décoratif sur les murs du Topkapi Saray, le premier palais ottoman érigé par son prédécesseur, Mehmet II (1432-1481). Un jour, Soliman offre une tulipe à l’ambassadeur flamand Ogier Ghislin de Busbecq. Et c’est ce dernier qui est responsable du nom donné à la tulipe. En effet, lorsque la tulipe était arrivée en Turquie, les sultans l’avaient piquée dans leur turban et l’avaient nommée tülbent (plante-turban). Busbecq a confondu le mot décrivant la coiffe avec la fleur – tülbent – avec le nom donné à la fleur – lâle.

Les premières tulipes sont introduites clandestinement en Occident vers 1560 et le botaniste flamand Charles de l’Écluse (directeur du jardin botanique de Leyde) la met en culture. Le commerce des bulbes de tulipes venait de commencer. Et en un rien de temps, la tulipe devient la fleur culte. Louis XIV l’adopte à son tour comme fleur officielle. Si bien qu’au XVIIe siècle, ces fleurs envahissent les jardins occidentaux et les arts décoratifs.

Le mouvement s’inverse au XVIIIe siècle : l’Empire ottoman fait venir d’Europe de nouvelles tulipes plus grosses, plus grandes, qui vont faire fureur sous le règne d’Ahmed III (1703-1730) ; son règne est d’ailleurs appelé Lâle devri, l’ère des tulipes.

« La fleur est produite par le fumier et le fumier est produit par la fleur » proverbe turc.