Soldats pour l’éternité.

1974. Chine, province de Xi’an. Lors du forage d’un puits d’irrigation, des paysans chinois découvrent d’étranges statues. Des fouilles archéologiques mettent au jour l’armée enterrée de l’empereur Qin Shi Huang, 8 000 soldats, des chevaux, des armes et des chars de combat (le tout de taille réelle). Les vestiges totalisent plus de 600 sites dans une zone qui couvre 56,25 kilomètres carrés.

C’est un ensemble architectural unique, dont le plan s’inspire de celui de la capitale, Xianyang, avec son palais impérial protégé par les murs de la ville, eux-mêmes enfermés à l’intérieur d’autres murs. Qin Shi Huangdi a régné de 221 à 210 av. notre ère et s’avère être le premier empereur de Chine, pays qu’il a unifié et étendu par ses campagnes militaires. Mais il s’est occupé de ses funérailles bien d’avant d’accéder au pouvoir suprême ; alors qu’il était « simple » roi de Qin en 247 av. notre ère, il fait choisir par ses géomanciens un site propice au pied du mont Li. Le lieu devait représenter un véritable modèle réduit du palais, de l’Empire et du monde et l’armée de soldats était sensée accompagner l’empereur dans son voyage dans l’au-delà.

Les guerriers et chevaux en terre cuite font face à l’est, en formation rectangulaire, disposés selon les règles strictes d’un livre ancien sur l’art de la guerre. L’avant-garde est constitué d’arbalétriers et d’archers, viennent ensuite la troupe accompagnée de chariots tirés par des chevaux (les chariots en bois se sont désintégrés depuis longtemps). Chacune de ces statues à la forme parfaitement conservée est unique : créés dans un premier temps grâce à des moules, les soldats ont ensuite été singularisés grâce à des coiffures, des barbes ou des nez différents. La polychromie originelle, notamment sur les foulards, permet aussi de les différencier en fonction de leur hiérarchie. Les armes que possèdent ces soldats sont réelles puisqu’il faudra protéger l’empereur dans l’au-delà. Et les archéologues vont découvrir que le réalisme a été poussé encore plus loin quand, dans une fosse abritant des chevaux, ils ont retrouvé… du foin.

Selon l’historien Sima Qian (v. 145-95 av. notre ère), des ouvriers sont venus de toutes les provinces de l’Empire ; les estimations font état de quelque 700 000 travailleurs pendant 38 années. Les nombreux vestiges déterrés reflètent le haut niveau technique de la poterie, de la construction des chars, de la métallurgie et de la transformation des métaux sous la dynastie Qin. Ses trésors étaient protégés par des armes actionnées automatiquement pour barrer la route aux pilleurs de sépultures. Après la mort de Qin Shi Huangdi, les principaux ouvriers de cette sépulture souterraine y ont été murés vivants sur l’ordre du deuxième empereur, pour les empêcher de trahir leurs secrets !

Récemment, 45 tombes de ces ouvriers auraient été découvertes. Des chercheurs ont trouvé des squelettes qui semblent avoir été enterré dans des cercueils, les jambes croisées comme le voulait la coutume durant la dynastie Qin. « Les guerriers et chevaux en terre-cuite, ainsi que d’autres reliques découverts dans les puits funéraires près du mausolée de l’empereur, auraient pu être fabriqués par les gens enterrés dans ces 45 tombes », explique l’archéologue Sun Weigang au journal China Daily, « nous pouvons estimer d’avance que ces tombes étaient d’une basse condition sociale, (…) ».

« Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre » général Sun Tzu (544-496 av. notre ère)