Moine, peintre et amoureux d’une nonne.

Italie. Florence. Parmi les artistes majeurs du Quattrocento, Filippo Lippi, est l’un des moins connus. Très longtemps, il a été plus célèbre pour sa vie dissolue que pour son art. Il a pourtant développé un style très spécifique tout au long de sa carrière mais, en dépit de son habit de moine, Fra Filippo a vécu des péripéties qui ont alimentées des écrivains des siècles suivants.

Moine dès l’âge de 15 ans, il va cependant mener une existence lui permettant d’utiliser ses dons exceptionnels pour la peinture. Peintre de la couleur et du naturel, toujours en quête de solutions originales, Lippi fait rapidement partie des grands maîtres toscans. Presque exclusivement consacrée à des compositions religieuses, son œuvre, d’une profonde humanité, est empreinte de douceur et de grâce ; ses couleurs sont lumineuses et ses compositions rythmées par une véritable rigueur mathématique et architecturale. Cette vie séculière lui permet de fréquenter des femmes, ce qui, immanquablement, fera scandale. Accumulant frasques sentimentales et démêlés avec la justice, il sera emprisonné et soumis au supplice de l’estrapade, et il sera aussi relevé de ses vœux par le pape.

1456. Prato. Filippo Lippi est âgé d’une cinquantaine d’années. Il est nommé chapelain du couvent augustin de Santa Margherita de la ville de Prato, sous la juridiction de l’évêque de Pistoia, en l’occurrence Donato de Médicis, et la protection de la famille Médicis a certainement joué dans l’attribution de cette fonction. Au couvent, le moine-peintre tombe passionnément amoureux d’une jeune nonne, Lucrezia Buti, fille d’un marchand de soierie florentin.

Selon Giorgio Vasari, cette rencontre a eu lieu lors de la commande passée par les religieuses du couvent pour un retable, La Vierge laissant tomber sa ceinture pour convaincre saint Thomas de son Assomption, Lucrezia ayant été choisie comme modèle pour le portrait de la Vierge. Lucrezia va profiter de la procession de la Sainte Ceinture pour s’enfuir du couvent avec sa sœur et s’installer chez le moine. En 1458, Lucrezia met au monde un fils, Filippino, qui deviendra à son tour l’un des artistes les plus réputé de sa génération. La même année, les sœurs sont ramenées au couvent où elles doivent renouveler leurs vœux. Quelques mois plus tard, elles quittent de nouveau le couvent, définitivement cette fois.

Le Pape Pie II, excédé, veut excommunier le peintre. Mais, toujours d’après Giorgio Vasari, Cosme de Médicis finit par obtenir du Pape que Filippo et Lucrezia soient relevés de leurs vœux monastiques. Peu importait à Cosme que frère Filippo soit un artiste excentrique, à la conduite irrégulière et qui ne manifestait aucun respect pour l’habit religieux car avant tout, il voyait en lui un artiste capable de renouveler la peinture florentine.

Il semble que Filippo n’ait pas épousé Lucrezia, préférant « conserver sa liberté et suivre ses envies comme bon lui semblait » selon son biographe Vasari. Et une petite Alessandra naît en 1465.

Lucrezia sera désormais le visage des Madones que Filippo peindra jusqu’à sa mort. Ses figures de Vierges sont les miroirs de sa jeune épouse, délicates, éthérées et épanouies, images d’une femme idéalisée.

« Si un artiste a véritablement du talent et quelque vice, même laid et que la morale réprouve, son talent cachera ce dernier… » (phrase attribuée à Cosme l’Ancien par Giorgio Vasari.)