Mille ans et pas une ride !

1015. L’évêque de Strasbourg, Wernher de Hasbourg, et l’empereur Henri II posent la première pierre d’une nouvelle cathédrale sur les ruines de l’édifice carolingien. Edifice vertigineux, chef-d’œuvre de l’art gothique, la cathédrale de Strasbourg témoigne du rêve démesuré de ses créateurs. Avec sa flèche qui culmine à 142 mètres, elle demeure jusqu’au XIXe siècle le plus haut monument de toute la Chrétienté. Par ses dimensions, la cathédrale est une référence spatiale dans la ville mais aussi hors de celle-ci, car elle est visible de loin, de la Forêt-Noire à Saverne.

Sa façade est le plus grand livre d’images du Moyen-Age. Les centaines de sculptures qui semblent se détacher du mur accentuent les effets d’ombre et de lumière. La couleur du grès rose change selon l’heure du jour et la couleur du ciel. A l’intérieur, un véritable art de la lumière, les vitraux de Notre-Dame de Strasbourg forment l’un des ensembles les plus remarquables d’Europe : 71 fenêtres, 500 000 morceaux de verre assemblés. Cloisons translucides, les verrières ont une fonction à la fois esthétique et spirituelle. En modulant et en colorant la diffusion de la lumière au sein de l’édifice sacré, elles délivrent un message. De façon symbolique, la lumière colorée est interprétée comme le reflet de la lumière céleste (le blanc est signe de Dieu, le jaune exprime souvent la lumière de Jésus).

Aujourd’hui, Notre-Dame de Strasbourg est la deuxième cathédrale la plus visitée de France, derrière Notre-Dame de Paris. Car l’édifice fourmille aussi de légendes les plus incroyables… En voici quelques-unes.

Sur le portail sud de la façade, sont représentées d’un côté cinq vierges folles et de l’autre, cinq vierges sages. Les premières posent aux côtés du tentateur, jeune homme vêtu de l’habit de cour du XIIIe siècle, aux yeux striés de pattes d’oie (les stigmates du vice, pour les théologiens médiévaux), tenant dans sa main une pomme (évidemment), et surtout au dos couvert de vipères et de crapauds – pour figurer Satan. Les secondes encadrent, rayonnantes, un Christ figuré à l’âge mûr avec un front dégarni. Les théologiens, pour des raisons morales, ont insisté pour que le sauveur apparaisse comme un homme sage face à un tentateur dans sa pleine jeunesse.

A l’intérieur de la cathédrale, l’horloge astronomique est l’une des plus précieuses allégories. A chaque mi-journée, la foule se presse pour voir la mort frapper les douze coups lorsque le zénith passe au-dessus de Strasbourg. Au sixième étage de cette horloge survient alors le défilé des douze apôtres, bénis chacun par le Christ, lequel à la fin se tourne vers les fidèles pour les saluer en traçant le signe de la croix. Un coq chante trois fois, au passage du quatrième, du huitième et du douzième apôtre. C’est le clou du spectacle, pour ces automates qui s’ébranlent à chaque quart d’heure que sonne l’horloge. Et la mort rythme ce balai : devant elle défilent tous les âges de la vie – un enfant insouciant tenant une flèche et une balle, un adolescent archer, un Romain avec son glaive, un vieillard penché sur une béquille… A cette horloge est associée aussi la légende de l’homme aux yeux crevés. Un mécanicien aurait eu les yeux crevés lors de la construction et serait revenu se venger en volant une petite pièce mécanique, empêchant ainsi l’appareil de fonctionner normalement. En fait, au Moyen-Age, l’un des horlogers qui la réglait, était parti après avoir rompu son contrat et, comme sa sœur était aveugle, la légende s’était mise en place.

« C’est le prodige du gigantesque et du délicat. J’ai vu Chartres, j’ai vu Anvers, il me fallait Strasbourg » Victor Hugo