Le Colosse n’aura pas tenu longtemps.

Dans l’Antiquité, le mot colosse désignait toute statue de forme humaine, sans considération de taille, dressée comme un pilier vers le ciel. C’est avec la statue d’Hélios à Rhodes que le mot va devenir synonyme de gigantesque, de dimension défiant la raison humaine. Désormais, le mot désigne un individu hors normes, de force extraordinaire.

305 av. notre ère. Après avoir assiégé Rhodes, le général macédonien Démétrios Poliorcète se retire avec son armée laissant un important matériel militaire. Rhodes est une démocratie et, pour remercier les dieux, le peuple (sauf les femmes et les esclaves, évidemment) décide de la construction d’une statue. Pour la financer, les habitants de l’île vendent l’équipement militaire de Démétrios.

292 av. notre ère. La construction, confiée à Charès de Lindos, va nécessiter douze ans de travaux. On sait très peu de choses au sujet de l’apparence de la statue car nous ne disposons d’aucun texte. La seule certitude est qu’elle était une représentation du dieu Hélios, divinité tutélaire de la cité, et qu’il devait donc posséder une couronne radiée, à l’instar de la statue de la liberté. Cette statue, majoritairement composée de bois et recouverte d’une couche de métal, mesurait environ 31 mètres. Cette tradition de construire des statues de grande dimension (plus de dix mètres) existe depuis l’époque de la Grèce Archaïque. Les Rhodiens ne font donc guère preuve d’originalité sur le principe, mais se distinguent par les dimensions extraordinaires de leur statue.

Charès de Lindos se serait même servi des échafaudages laissés pour les machines de guerre de Démétrios pour réaliser le Colosse. Une légende raconte aussi que Charès n’aurait jamais vu le Colosse achevé ; il aurait fait une erreur de calcul, se serait suicidé de honte et le Colosse aurait été réalisé par ses successeurs.

Cette œuvre ne vivra que peu de temps : vers 228-226 av. notre ère, un tremblement de terre vient à bout du Colosse qui, brisé aux genoux, s’effondre. Ptolémé III Evergète, qui régnait en Egypte, offre alors à Rhodes une importante somme d’argent pour sa reconstruction. Mais un oracle interdit au Rhodiens de relever le Colosse, et ils décident de le laisser tel quel. Pline l’Ancien rapporte que, même ainsi, le Colosse demeurait impressionnant et qu’on pouvait difficilement faire le tour du pouce avec ses bras.

Les débris sont restés sur place pendant des siècles avant d’être emportés, démantelés et vendus, en 654 par des conquérants arabes. Il aurait fallu 900 chameaux pour transporter ses 20 tonnes de bronze… Encore une légende ? Tout espoir de retrouver des restes du héros surnaturel ne semble pas totalement vain : en effet, récemment, un architecte croit avoir trouvé des traces !

En attendant, depuis le XVIe siècle, les représentations du Colosse sont nombreuses. Il ne faut toutefois pas s’y fier : il est à peu près certain qu’il n’y a jamais ressemblé, tout comme il n’a jamais été situé dans le port mais plutôt dans la vielle ville.

A défaut de pouvoir admirer la sixième merveille du monde, on peut toujours nourrir son imagination en revoyant les œuvres qui s’en sont inspirées. En 1877, Victor Hugo intègre dans La Légende des siècles le poème Les Sept Merveilles du monde. En 1954, Salvador Dali peint son Colosse de Rhodes. En 1961, Sergio Leone réalise un péplum où il met en scène le tremblement de terre qui a fait chuter le colosse. Quant à René Goscinny, il le personnifia en lutteur colossal dans Astérix aux Jeux olympiques.

« Quel homme, il arpente ce monde étriqué tel un colosse alors que nous, hommes de peu, piétinons entre ses immenses jambes en quête de tombes déshonorantes. » William Shakespeare, Jules César, 1599.