C’est moche, c’est laid, c’est de l’art.

1994. Boston, Etats-Unis. Un soir, alors que Scott Wilson se rend chez Jerry Reilly et sa femme, il remarque entre deux poubelles un tableau abandonné. Intéressé par le cadre, il reprend sa route, l’œuvre sous le bras. En plaisantant, ses amis lui soumettent l’idée de conserver la toile et de commencer une collection.

Cette toile Lucy in the field with flowers marque le début de l’aventure ; les trois amis décident d’interroger leur entourage sur l’éventuelle possession d’œuvres picturales d’une qualité esthétique douteuse. Après quelques semaines, ils organisent une soirée afin d’y dévoiler le fruit de leur recherche. L’événement a un tel succès que les amis reçoivent de nouvelles peintures.

Un an plus tard, la maison du couple Reilly s’avère trop petite pour accueillir les centaines de personnes qui se précipitent à chaque réception. Un matin, c’est un autobus rempli de personnes âgées qui se gare devant la maison ! « La situation devenait incontrôlable » explique Louise Reilly Sacco, actuelle « directrice par intérim permanent » du Museum of Bad Art.

Le musée s’installe alors dans le sous-sol d’un théâtre délabré de la ville de Dedham, juste à côté des toilettes pour hommes. Selon le journal South China Morning Post, cet emplacement aurait été choisi afin de maintenir le taux d’humidité nécessaire à la bonne conservation des toiles mais aussi de participer à l’ambiance générale de l’exposition.

Aujourd’hui, le MOBA possède 600 œuvres d’art : « seul musée au monde dédié à la collection, la préservation et la célébration de l’art affreux sous toutes ses formes ». Le musée doit cet ensemble à la généreuse contribution des donateurs, souvent soulagés de trouver quelqu’un prêt à reprendre leurs œuvres. Aujourd’hui encore, le musée reçoit au moins vingt candidatures chaque mois. Seules les pires ont la chance de finir sur les murs. La directrice affirme que les conservateurs sélectionnent les toiles avec attention : « Le musée n’accepte que les œuvres qui sont sincères et originales. Nous favorisons les pièces qui ont été créées dans le but de transmettre quelque chose. » Ainsi, les tableaux d’enfants, les œuvres kitsch ou volontairement de mauvais gout ne peuvent être sélectionnés.

La collection met en valeur toutes les catégories d’art majeur : paysages, natures mortes, nus. « Le mouvement, la posture, le balancement de sa poitrine, les teintes subtiles du ciel, l’expression de son visage – tous les éléments convergent pour créer ce portrait transcendant et convainquant où chaque détail crie au chef-d’œuvre. » Comme cette interprétation de Lucy dans le champ avec des fleurs, les descriptions des toiles prêtent souvent à sourire. La directrice a cependant certifié au Daily Mail que ces inscriptions se faisaient dans le respect des artistes. Que ces artistes soient mauvais ou qu’ils soient des génies incompris, ils attirent chaque année plus de 8 000 visiteurs !

En 1996, comme dans tous les musées, un tableau est dérobé : il s’agit de l’œuvre Eileen. La direction propose une récompense de 6,50$. Aucune réponse, et ce malgré l’augmentation de la prime à 36$ ! La toile ne représentant aucune valeur, la police classe l’affaire. Mais en 2006, rebondissement. Le MOBA reçoit une lettre anonyme réclamant une rançon de 5000$ ; la direction ne donne pas suite ne pouvant payer cette somme. Quelques semaines plus tard, l’œuvre est retrouvée sur le paillasson du musée, sans aucune explication.

De nombreuses critiques accusent le musée d’être un lieu de moqueries envers certains artistes. La direction se défend de telles accusations, expliquant que si le musée cherche à se moquer d’une chose, c’est de la communauté artistique et non des artistes. « Notre musée est un hommage à l’enthousiasme artistique ».

« Le mauvais art est quand même de l’art, aussi bien qu’une mauvaise émotion est une émotion quand même » Marcel Duchamp.