Que vive la couleur dans ce monde de grisaille !

Début du XXe siècle. Paris. Un tout nouveau mode de transport voit le jour : le métro. Hector Guimard, architecte de style art nouveau, est sollicité pour la réalisation des entrées des stations. Il utilise le fer et l’acier, explore et exploite la flore et la faune, s’inspire des tiges et des feuilles, ou des pattes d’insectes. Si ce style se caractérise par une forte inspiration végétale, ce sont pour ses lignes sinueuses et dynamiques. Les silhouettes courbes et rythmées de ses bouches animent les rues parisiennes dessinées au cordeau par Haussmann sous le Second Empire. Mais Guimard est violemment critiqué par ses contemporains qui lui reprochent une influence allemande et l’utilisation d’un vert honni.

Début du XXIe siècle. Imaginez. Vous êtes rue de Rivoli, avec ses arcades parfaitement alignées, avec sévérité et rigueur. Arrivé place du Palais Royal, vous vous sentez attiré vers la Comédie Française. Et alors que vous avancez, la grisaille ambiante s’efface peu à peu pour laisser apparaître de féériques lumières chatoyantes. D’insolites guirlandes de boules multicolores attirent votre regard à la sortie de la station de métro Palais-Royal place Colette ; Le Kiosque des Noctambules enchante ce monde de grisaille.

Pour fêter le centenaire du métro, la RATP a demandé à Jean-Michel Othoniel la réalisation d’une œuvre. Délaissant les matériaux de prédilection de Guimard, il a opté pour le verre et le métal. Le verre, né du feu, est un matériau fragile qu’on rencontre assez peu dans l’art contemporain, surtout dans l’espace public.

Les deux coupoles sont composées de 800 perles en verre de Murano ; l’une est solaire avec des perles géantes aux tons chauds (jaune et rouge) et figure le jour, l’autre coupole est lunaire avec des teintes froides (bleu et violet) et représente la nuit. Soutenues par des piliers de fonte d’aluminium, les deux coupoles forment un huit, symbole d’éternité. Les côtés de l’édicule sont faits d’une résille d’anneaux de métal martelé, incrusté de verre coloré. Un petit banc permet aux arpenteurs de la nuit ou du jour de se retrouver.

En descendant l’escalier vers le métro, le voyageur passe alors du jour, clair et aérien, à la nuit, sombre et souterraine. L’installation se poursuit à l’intérieur de la bouche de métro avec les carreaux de faïence mordorés qui retrouvent leur blanc laqué originel et deux vitrines encastrées dans le mur, semblables à des hublots dans lesquelles sont exposées les mêmes perles de verre qui ornent l’édicule.

Le voyageur sortant des entrailles de la terre lève la tête vers un ruissellement de pierreries. Les légères couronnes donnent un air de fête à une simple bouche de métro. Le Kiosque des Noctambules procède d’une poésie de l’étrange comme une invitation à regarder le monde avec des yeux d’enfants. Jean-Michel Othoniel nous convie au cœur d’un conte de fée.

Et comme pour Guimard, l’histoire s’est répétée puisque l’œuvre d’Othoniel a également été violemment décriée lors de son installation. Il faut dire que son coût astronomique de 2 millions de francs a eu du mal à passer…

Aujourd’hui, l’œuvre est parfaitement intégrée au paysage urbain et la magie a opéré sur les parisiens.

 » Cette bouche de métro a changé ma vie. C’est l’œuvre qui a créé la place Colette et non l’inverse. J’en suis fier.  » Jean-Michel Othoniel à propos de son œuvre Le Kiosque des noctambules.