Les femmes ont inventé l’art !

Il y a des milliers d’années naissait l’art ! Nos ancêtres ont laissé un nombre considérable de figures et de signes, de messages gravés, piquetés ou peints sur pierres, dans des cavernes, sur les falaises, au flanc des montagnes, sur des plaquettes de pierre ou d’os…

Les Hommes préhistoriques ne vivaient pas au fond des grottes, mais dans des abris sous la roche pour se protéger des intempéries et des dangers. Pour peindre dans les profondeurs de la terre, ils se servaient de lampes. Dans ces grottes où les salles se succèdent, on trouve des dessins d’animaux, des silhouettes de mains, des signes abstraits et des points, qui ne semblent pas disposés au hasard. L’art préhistorique est symbolique et imaginaire.

Alors, qui étaient ces artistes? Pourquoi peignaient-ils ces fresques ? Pour qui ces gravures étaient-elles destinées ? On a longtemps pensé que ces peintures étaient l’œuvre des hommes qui reproduisaient sur les murs les récits de leurs activités. Mais ces hommes qui ont laissé ces peintures rupestres n’étaient-ils pas plutôt des femmes ?

En 1998, un biologiste anglais, John Manning, a découvert que les femmes auraient un annulaire et un index de la même longueur, alors que l’annulaire des hommes est plus long que leur index. Récemment l’Américain Dean Snow, professeur d’anthropologie archéologique, prend connaissance de cette étude. Et après avoir étudié 32 empreintes de mains en négatif de huit grottes en France et en Espagne, il en conclut que 24 sont de femmes, soit 75% ! Alors pourquoi a t-on toujours cru que ces peintures étaient masculines ? Sans doute parce qu’elles représentent des scènes de chasse, et que seuls les hommes chassaient. Sauf que les femmes étaient aussi concernées : ce sont elles qui amenaient la viande au camp.

C’est en explorant plus particulièrement les empreintes de mains de la grotte du Perch-Merle, en France, que le chercheur américain en a tiré cette conclusion : ces représentations de mains entourent une figure d’un cheval décoré de points. Le chercheur a mesuré les dimensions de ces dessins. Dean Snow appuie aussi sa démonstration sur l’observation d’autres grottes en France et en Espagne. Là encore, les empreintes de mains qu’il a pu étudier seraient féminines. Pour Jean-Michel Chazine, ethno-archéologue au CNRS, « cette étude montre que les femmes ont pu être des artistes préhistoriques, et que ce n’était pas l’apanage des hommes. Une donnée qui est à confirmer mais qui collerait bien avec le symbolisme chamanique et les usages de thérapie magique des tradipraticiens à base d’imposition des mains, de masticage de substances et de souffle projeté. Des pratiques qui, dans bien des sociétés primitives étaient remplies par une chamane femme ».

En tout cas, ces mains négatives témoignent surtout de la volonté des hommes et des femmes de cette époque de laisser derrière eux une trace reconnaissable de leur existence, de leur passage dans un lieu donné.

Pourquoi des dessins ? Ceux qui dessinaient ou gravaient avaient été choisis pour le faire, peut-être dans le cadre de leur « religion », ou de leur magie. Ces artistes sculptaient, peignaient et gravaient. Ils utilisaient les irrégularités de la paroi de la grotte pour suggérer le corps d’un animal et accentuaient le dessin en incisant la paroi. Avec leurs doigts, ils traçaient des lignes épaisses, le plus souvent de couleur noir. Puis avec des bâtonnets, des pinceaux de poils et des tampons de peaux, ils appliquaient la couleur ; ils utilisaient une palette restreinte de noir et de rouge, de jaune, marron et violet.

A Niaux sont représentés deux bisons, avec un bouquetin, et à côté, un cheval avec sa ligne de dos, l’épaule, le poitrail… Lorsque l’on regarde attentivement, on s’aperçoit que cette tête n’a pas été dessinée ! Mais en éclairant la paroi là où il faut, vous avez l’impression de la voir, et c’est ce qui a dû se passer pour le/la peintre préhistorique. Avec une torche, des formes donnent l’impression de sortir de la paroi. La roche vit !

« Nous n’avons rien découvert » Pablo Picasso à propos de peintures rupestres.