L’art au service du pouvoir.

Si la date de réalisation de ce tableau, Allégorie de la régence d’Anne d’Autriche, est attestée – 1648 –, on ignore à la fois qui a commandé la toile et son emplacement jusqu’à son achat par le roi Louis-Philippe en 1839, année où elle rejoint les collections de l’État. Son auteur est en revanche avéré : il s’agit de Laurent de La Hyre, peintre et graveur, qui représente des sujets religieux, mythologiques et allégoriques.

La scène représentée a été longtemps controversée. Jusque dans les années 1960, elle est communément considérée comme une allégorie de la paix de Westphalie, signée en 1648, qui met fin à la guerre de Trente Ans. Aujourd’hui, après analyses, elle est interprétée comme une allégorie de la régence d’Anne d’Autriche.

Fille du roi d’Espagne Philippe III, épouse de Louis XIII, Anne d’Autriche devient régente du royaume après la mort du souverain en 1643. Elle confit la responsabilité du gouvernement au cardinal Mazarin. La régence d’Anne d’Autriche est troublée par la Fronde (1648-1653), provoquée par les révoltes des parlementaires et des princes contre l’autorité de la régente et surtout celle du cardinal Mazarin.

Laurent de La Hyre choisit alors de représenter la régence d’Anne d’Autriche au moment même où elle est la plus contestée, sous la forme d’une allégorie. La Hyre a donné à la composition un cadre architectural antique ; sur fond de colonnade et de fronton antiques, trois femmes et un enfant occupent pleinement l’espace. À gauche, une femme porte les attributs de la Vertu : ailée et vêtue d’une tunique marquée d’un soleil, elle tient une pique et soutient une couronne de laurier au-dessus d’une autre femme, incarnation du Pouvoir. Celle-ci est assise et tourne la tête vers la Vertu. Elle occupe une position centrale dans la composition, et les couleurs de ses vêtements – rouge et bleu – tranchent avec celles des autres personnages. Sa main droite brandit une palme, tandis que sa gauche est posée sur un globe fleurdelisé. La Régence pose le pied sur une base cubique signifiant la fermeté du gouvernement d’Anne d’Autriche. Volant à droite, une autre femme ailée embouche la trompette de la Renommée et surplombe un enfant qui met le feu à un trophée d’armes à terre. Sa couronne de fleurs et le rameau d’olivier qu’il tient dans sa main droite le désignent comme une allégorie de la Paix.

Au sol, au trophée d’armes situé à droite répondent les fruits de la corne d’abondance et la trompette situés à gauche. Mise en scène, la régence d’Anne d’Autriche est digne des louanges que claironne la Renommée. Au centre, seule l’allégorie du Pouvoir porte une coiffure contemporaine du milieu du XVIIe siècle, renvoyant ainsi à une image sublimée d’Anne d’Autriche elle-même.

Son thème, au tout début de la Fronde, fait de la toile un manifeste politique favorable à Anne d’Autriche. C’est surtout l’action pacificatrice de la Régence qui est ici mise en avant. Dans un espace excluant de la scène politique le cardinal Mazarin, Anne d’Autriche peut capitaliser les fruits de la victoire remportée par le jeune duc d’Enghien (futur Grand Condé) à Lens le 20 août 1648 et ceux du traité de paix conclu le 24 octobre de la même année.

Tableau qui exalte le pouvoir, l’œuvre de La Hyre occulte volontairement la guerre civile allumée au printemps 1648 par la Fronde, qui plonge le royaume dans une période d’ébranlement du pouvoir de la régente et de son principal ministre Mazarin, et qui contraint la famille royale à quitter Paris dès août 1648. C’est pourquoi l’allégorie de la Régence apparaît comme une œuvre visant à renforcer la légitimité du pouvoir d’Anne d’Autriche face aux revendications du parlement de Paris.

« Croyez tout le monde honnête et vivez avec tous comme avec des fripons. » Jules Mazarin