Démons et génies en Mésopotamie.

Nous connaissons tous les créatures étranges qui peuplent les récits de la mythologie grecque et qui sont l’objet de nombreuses représentations iconographiques. Or, comme dans beaucoup de domaines, la Grèce a adapté des données qui lui étaient étrangères et se les est appropriées – n’oublions pas que la Grèce est pour partie sise en Orient. Car en matière de monstres, la Mésopotamie n’a rien à envier à la Grèce.

Tout au long de l’histoire mésopotamienne, la croyance en l’existence de forces maléfiques ou au contraire protectrices apparaît fortement ancrée dans les mentalités. Un vaste répertoire de démons et de génies aux pouvoirs redoutables s’est ainsi constitué, pour l’essentiel dès le IIIe millénaire, induisant toutes sortes de pratiques à caractère magique. Le terme démon est généralement appliqué à n’importe quelle créature hybride debout, pourvue d’un corps humain, tandis que monstre est appliqué à un être résultant d’une combinaison d’éléments animaux et reposant sur quatre pattes.

Généralement ceux qui sont mauvais sont les simples exécuteurs des volontés divines, c’est leur rôle essentiel : ils appliquent le châtiment ordonné par les dieux en expiation d’une faute. Et de tels mauvais génies étaient souvent imaginés comme des « esprits météorologiques », du vent ou des tempêtes, principalement. Mais mauvais dieux et mauvais génies étaient assez rarement représentés : peut-être redoutait-on quelques malheurs à la simple vue de leur image…

L’aspect terrifiant des représentations de Pazuzu exprime la puissance maléfique qu’il est susceptible de manifester en tant que chef des démons, responsable en particulier de la propagation des épidémies. Sa face grimaçante est celle d’un chien aux yeux exorbités, et deux cornes se dressent sur sa tête. Son corps nu porte deux paires d’ailes dans le dos et une queue de scorpion recourbée. Ses mains sont pourvues de griffes de lion et ses pieds de serres de rapace. Sa puissance dévastatrice est soulignée par l’inscription qui couvre le dos de ses ailes : « Je suis Pazuzu, fils de Hanbu. Le roi des mauvais esprits des vents, qui sort violemment des montagnes en faisant rage, c’est moi. »

Mais Pazuzu possède également une dimension bienveillante, car sa puissance peut être retournée contre d’autres démons, qui grâce à lui pourront être vaincus. Il permet de se défendre contre les vents pestilentiels, porteurs de fièvres, et est invoqué contre son épouse, la démone Lamashtu, afin de la contraindre à se retirer du corps des malades. Et il protège les femmes enceintes quand elles portent autour du cou des amulettes le représentant.

Si des êtres gigantesques sont préposés à la garde des palais, d’autres puissances y sont également représentées. Le génie griffon – sur un corps d’homme se greffent une tête et des ailes d’oiseau – de plus de deux mètres de hauteur, figure sur un relief monumental du palais royal du roi Assyrien Assurnassirpal II (883-859) à Nimrud et date du IXe siècle. Comme les autres génies, il semble occupé à une tâche bénéfique qui doit être liée à une scène de rituel. Souvent leur est associé un arbre, objet de vénération. Ils tiennent souvent à la main une situle (récipient rituel) et une pomme de pin destinées à des rites de purification ; le génie capte sur l’arbre le fluide sacré qui émane de son tronc et de ses feuilles et en plongeant ensuite la pomme de pin dans la situle, il transforme le liquide qu’il contient en eau bénite. Avec elle le génie aspergera le roi pour le purifier sans doute, mais encore plus pour lui conférer une force supraterrestre, qui lui permettra de triompher des mauvaises puissances.

Ces griffons, sont parfois considérés dans certains textes comme des serviteurs du dieu des Enfers, Nergal. C’est leur puissance, sans doute à l’origine maléfique, qui garantit l’efficacité de la protection qu’ils assurent contre d’autres entités malfaisantes.

La frontière apparaît incertaine entre démons maléfiques et génies protecteurs enrôlés pour les combattre. Mais tous se révèlent être des médiateurs entre les dieux et les hommes, concourant au fragile équilibre du monde.

« Ah ! que la vie serait belle et notre misère supportable, si nous nous contentions des maux réels sans prêter l’oreille aux fantômes et aux monstres de notre esprit… » André Gide La symphonie pastorale.