Art déco

24 août 79. Italie. Une violente éruption du Vésuve fait disparaitre Pompéi ainsi qu’Herculanum et d’autres cités voisines ; elle tue selon les estimations, quelque 16 000 personnes, ensevelissant tout sous une épaisse couche de cendres de plusieurs dizaines de centimètres. Paradoxalement, ces circonstances dramatiques ont permis la préservation d’une source exceptionnelle d’informations sur de nombreux aspects de la vie sociale, artistique, économique, religieuse et politique de l’Antiquité.

1748. Les fouilles archéologiques de Pompéi commencent et mettent à jour une grande partie de la ville, des monuments publics et des centaines de maisons privées aux décors très bien conservés. Leur diversité montre que l’art est partout présent à Pompéi. Souvent les murs intérieurs des maisons sont décorés de scènes mythologiques ou de portraits de famille. Des mosaïques, pleines de couleurs et de détails montrant des paysages, des scènes de bataille ou de théâtre, sont cimentées sur le sol. Les murs entourant les jardins sont également peints de sujets aux couleurs vives. Les thèmes à la mode sont les scènes de chasse, les paysages campagnards et marins. Les pièces intérieures présentent des sujets plus disparates et permettent d’imaginer une vie sociale prise sur le vif et sans fard : scènes mythologiques, natures mortes, oiseaux et autres animaux, caricatures de personnages, pensées amoureuses, boutades grivoises, etc.

De nombreuses questions restent en suspend cependant. Rue de l’Abondance se trouvent les demeures les plus richement décorées de Pompéi. L’une de ces maisons a été découverte en 1868 ; on y pénètre par une large entrée avec une mosaïque au sol d’un chien montant la garde. Mais de nombreuses inscriptions peintes sur sa façade mentionnent curieusement deux noms. Quelle est donc le nom du propriétaire de la maison : Paquius Proculus ou Postumius Proculus, ces deux Proculus étant connus à Pompéi ? La découverte d’un mot gravé sur une colonne de l’atrium permet de penser que cette habitation appartenait au citoyen Paquius Proculus, un boulanger (pistor) devenu magistrat (duumvir) mais que certains confondent avec le boulanger Tenrentius Neo !!!!

En tout cas, lors des fouilles, une peinture excita une certaine curiosité parce qu’on la regarda comme présentant les premiers véritables portraits trouvés à Pompéi : une jeune femme en buste tient de la main gauche des tablettes et de la droite un stylet, dont elle appuie la pointe contre ses lèvres en paraissant réfléchir à ce qu’elle va écrire. Ce motif fréquent à cette époque était certainement à la mode dans une certaine couche de la société. Il indique aussi que l’écriture était maîtrisée par une part importante de la population aisée, y compris par les femmes, ce que d’autres sources confirment. Derrière elle est son mari, revêtu de la toge magistrale, tenant un rouleau.

Mais pourquoi les romains avaient-ils un tel engouement pour la décoration ? Durant l’Antiquité romaine, à l‘image de nos préoccupations esthétiques contemporaines, chaque génération éprouvait le besoin de faire repeindre ses murs selon la mode du temps. Les sociétés grecques puis romaines présentent des habitats individuels et des bâtiments publics dont les murs sont recouverts d’enduits puis peints. Cette « peau » de la paroi servait à la fois de protection et de support décoratif. Les Grecs ont largement entrepris de décorer les murs de leurs demeures et bâtiments aux IVe et IIIe siècles avant notre ère. Cette mode sera reprise en Italie au IIe siècle avant notre ère, au moment où Rome envahit les terres grecques et s’approprie les modes d’ornementation des intérieurs. Ce sont les classes sociales les plus aisées qui se sont emparées du style grec. La ville de Pompéi se transforme alors, les maisons italiques prennent une architecture et un apparat « à la grecque » avec des mosaïques au sol et des murs peints de fresques afin de montrer ainsi leur prospérité.

« Quand on ne peut pas changer le monde, il faut changer le décor » Daniel Pennac La petite marchande de prose.